P.A.C.O.T.I.L.L.E
Poésie A Caractère Obscène Tachylalie Labiale Libre Etc
Pierre Bonnaud (1865)
Princesse prénommée salomé,
On se souvient de ma beauté
Autant que de ma cruauté
Danseuse démentielle,
Almée criminelle,
Je suis celle
Qui de jean baptiste voulut la tête
Sur un plateau
Celle qui fit cette triste requête
Et pour l’avoir plutôt
De mes doigts blêmes
Si on m’eut donné un couteau
Je l’eu prise moi-même
Princesse prénommée Salomé, je me suis abîmée
Dans une danse infernale pour le plaisir d’un roi
Danse aux sept voiles, qu’il paya plein d’effroi
Non point, comme il l’avait imaginé,
Avec des poignées de rubis et d’améthystes
Mais avec la tête de Jean Baptiste.
Les premières notes résonnent et je commence ma danse
Lentement balance, lascivement, en cadence
Les bracelets teintent à mon poignet et à mes pieds
Et les hanches ceintes de voiles et de médailles
Les seins offerts sous les soieries, presque déshabillée
Presque dénudée, la danse découvre ma taille
Elle ondule sur les discordances de la mélopée
Mouvements lents qui deviennent syncopés
Les coïncidences de la danse et du tissu
Avec impudence me mettent à nue
Mon corps se donne en confidence
Les voiles flottant dans l’air déployés
Virevoltant tombent un a un à mes pieds
Dévoilant l’évidence
Enivrée de ma danse, grisée, étourdie
Autant qu’Hérode Antipas
Je m’avance, titubante, vers lui,
Doucement, à petit pas
Séduit par la danse,
Il me fait cette promesse, folle, sans condition
Terrible imprudence
De m’offrir tout ce que je veux, sans exception
Ma mère savait déjà pour moi
Ce que je devais demander au roi
Je suis Salomé
On se souvient de ma beauté
Autant que de ma cruauté
Danseuse démentielle,
Almée criminelle,
Je suis celle
Qui de jean baptiste voulut la tête
Sur un plateau
Celle qui fit cette triste requête
Et pour l’avoir plutôt
De mes doigts blêmes
Si on m’eut donné un couteau
Je l’eu prise moi-même
Jean baptiste, mon amour, mon trésor
Tendant vers toi ma main blanche armée
J’aurais pu te murmurer alors
C’est moi mon amour, c’est moi Salomé
Et déposer un baiser, un dernier, mes lèvres brûlantes
Là même ou j’aurais enfoncé la lame froide et brillante
Je suis Salomé
Je suis celle
Qui de jean baptiste voulut la tête
Celle qui fit cette triste requête
Je vis la lame aiguisé du couteau
Les mains sèches du bourreau
Et bien que je l’aimais et que je l’aime encore
Cet homme dont elle voulu la mort
Et pour contenter l’exigence infâme
De cette mère égoïste
Je dis à nouveau retenant mes larmes
Qu’on
m’apporte la tête de Jean Baptiste !
Oscar Wilde travesti
Lolita Vladimir Nabokov
extrait:
Perdue : Dolorès Haze. Signalement :
Bouche « écarlate », cheveux « noisette » ;
Age : cinq mille trois cents jours (bientôt quinze ans !) ;
Profession : « néant » (ou bien starlette)
Où va-t-on te chercher, Dolorès ? Quel tapis
Magique vers quel astre t’emporte ?
Et quelle marque a-t-elle – Antilope ? Okapi ? –
La voiture qui vibre à ta porte ?
Qui est ton nouveau dieu ! Ce chansonnier bâtard,
Pince-guitare au bar Ritamane ?
Ah ! les beaux soirs d’antan quand nous restions si tard
Enlacés près du feu, ma Gitane ?
Ce maudit Wurlitzer, Lolita me rend fou !
Avec qui danses-tu, ma caillette ?
Toi et lui en blue jeans et maillot plein de trous
Et moi, seul dans mon coin, qui vous guette.
Mac Fatum, vieux babouin, est bienheureux ma foi !
Avec sa femme-enfant il voyage,
Et la farfouille au frais, dans les parcs où la loi
Protège tout animal sauvage.
Lolita ! Ses yeux gris demeuraient grands ouverts
Lorsque je baisais sa bouche close.
Dites, vous connaissez-vous le parfum « Soleil verts « ?
Tiens, vous êtes français je suppose ?
L’autre soir, un air froid d’opéra m’alita.
Son fêlé – bien fol est qui s’y fie !
Il neige. Le décor s’écroule, Lolita !
Lolita, qu’ai-je fait de ta vie ?
C’est fini, je me meurs, ma Lolita, ma Lo !
Oui, je meurs de remords et de haine,
Mais ce gros poing velu je le lève à nouveau,
A tes pieds, de nouveau , je me traîne.
Hé, l’agent ! Les voilà – rasant cette lueur
De vitrine que l’orage écrase ;
Socquettes blanches : c’est elle ! Mon pauvre cœur !
C’est bien elle, c’est Dolorès Haze.
Sergent, rendez-la moi, ma Lolita, ma Lo
Aux yeux si cruels, aux lèvres douces.
Lolita : tout au plus quarante et un kilos,
Ma Lo : haute de soixante pouces.
Ma voiture épuisée est en piteux état,
La dernière étape est la plus dure.
Dans l’herbe d’un fossé je mourrai, Lolita,
Et tout le reste est littérature.
Je rêve d'un dandy qui tomberait fou amoureux de moi et qui me martyriserait doucement à coup de délires esthétiques... il m'idolâtrerait, me transformerait en déesse insensée, ferait de moi une créature en tous points sublime et vénéneuse... M’entourerait d’égards et de prévenances insupportables, n’oserait plus toucher son chef d’œuvre, aurait envers moi des exigences terribles impossibles à contenter… déçu, enragé, blessé, névrosé, vrillé au plus profond de son être, il en viendrait à concevoir pour moi une haine toute amoureuse… et finirai par m’étrangler dans une dernière étreinte, ne pouvant que tuer et anéantir l’être qu’il vénère et qu’il a sali de son désir profane. Je ferais un cadavre délicieux… blanche et pétrifiée dans des dentelles noires, un collier de bleus magnifiques sur la peau de mon cou. Mon bel amour pleurerait sur mon cercueil, qu’il aurait couvert des essences de fleurs les plus rares et les plus délicates, en se tordant les mains de désespoir… inconsolable de ma perte, vivant d’abord pendant de longues années cloîtré dans mon souvenir et le culte de ma séduisance passée, ayant couvert tous les miroirs de soie noire, ayant rempli chaque mur de photographies et de portraits, relisant chaque lettres et chaque poèmes, les murmurant inlassablement dans le silence de notre demeure, nécropole glaciale et terrifiante… il finirait par mettre un terme à son odieuse vie de criminel, un pistolet braqué sur sa tempe gauche, celle du cœur, celle où je déposais toujours un baiser… on le retrouverait au petit jour dans sa chambre tendu de noir, aux volets et fenêtres condamnés depuis des lustres, ayant étaler devant lui les reliques surannées de mes effets de maquillages, s’en étant pommadé la bouche, poudré les joues, assombri le tour des yeux, serrant entre ses doigts raides une de mes robes parfumée, portant encore sur les lêvres l’empreinte de mon prénom…
« Je veux que tous les êtres se sentent trop fous, délirants, coupables, mutilés, blessés, malades ou surtout morts, physiquement morts et corporellement morts en face de moi. »
"Qui suis-je? D'où je viens? Je suis Antonin Artaud et que je le dise comme je sais le dire immédiatement vous verrez mon corps actuel voler en éclats et se ramasser sous dix mille aspects notoires un corps neuf où vous ne pourrez plus jamais m'oublier"
Antonin Artaud
De quoi rêve un AbOli BibelOt? hormis d'histoire d'amour à la Walt Disney... de célébrité? de gloire? de reconnaissance? d'argent? d'admirateurs? d'impunité? de scandale? de vie folle et débridée? de succès indécents? d'expériences extraordinaires? de luxe? de beauté? d'illusions chatoyantes et bien faites? oui sans doute... de quoi peut on rêver autrement? de liberté... de vérité... de talent...d'aventure... de passion... de défis... de gens loyaux et dévoués auprès de soi, de gens intelligents et doués, de gens aimants et attentifs... de causes justes... de mort juste?... parfois j'aimerais m'anesthésier, vivre chloroformée, ne plus rien sentir, sinon quelques petits picotements de temps en temps, avancer seulement, enchaîner... et puis très vite cette perspective macabre m'emplie d'effroi. AbOli voyons tu ne peux pas être COMME CA! mais comment suis-je au fond? je suis le fruit des obstacles que la vie a placés sur ma route. Je suis le fruit d'incidences... je pourrais être mille personnes différentes en vérité! une garce sublime, une sombre conne, une camée inconsciente, une maman, une star, une clodo, une femme mariée, une femme battue, une femme refaite, une femme qui aime les femmes, une femme qui hait les hommes, une femme méchante, une femme influente, une manipulatrice, une sainte, une fille vénale, une fille facile, une fille maline, une fille matérialiste, une fille à la mode, une fille ringarde, une fille sophistiquée... "la femme sans identité, le mythe sans ombre", hélène...aux confins de tout cela il y a moi, masse informe et indéfinie, masse mouvante et en fusion, masse qui s'interroge et se blesse, masse qui se tord... dans tous les sens... masse qui pense et qui écrit... qui dit... qui parle... sûrement trop... masse qui se cherche et rampe après elle même à la façon du serpent qui se mord la queue... une masse, un amas d'atomes... une nuée... que sais-je sur ce que je suis, en somme?
je suis une fille...
seule certitude
physiquement je veux dire, anatomiquement, je suis une fille...
seule certitude... c'est peut être pour cela que je m'y accroche, le revendique, m'en interroge... troublée par ma propre féminité, enivrée par elle en vérité... je le suis c'est vrai.
c'est tout ce que je suis
une fille
une artiste?
ah! autre caractéristique intéressante... je suis une artiste. avant d'être une fille d'ailleurs. je dis "je suis une artiste" comme je dirais je suis un ange déchu qui s'est fracassé les ailes en tombant, qui ne peut regagner le firmament dont il n'a plus que des réminiscences éblouies, réminiscences qu'il transforme en oeuvre, en cri, en dégueuli, en tragédie... un ange perdu et meurtri au plus profond, un ange exilé, qui ne sera jamais chez lui nul part... un artiste est toujours en exil... un artiste n'a pas sa place sur terre... c'est de là que lui vient cette violente mélancolie que l'on raille si souvent. On se moque de cette mélancolie comme d'une lubie. mais ceux que ne sont pas artistes ne peuvent la connaître. ce n'est pas la même, la mélancolie de l'artiste et celle du premier quidam venu. la mélancolie de l'artiste c'est celle d'une créature tirée par les deux bouts entre ciel et terre, celle d'un aveugle extralucide qui cherche en tâtonnant sa maison. celle d'un médium, oui, secoué de spasmes et de transes, subodorant douloureusement les meurtrissures du monde. le monde sur le bord duquel il s'assoit, laissant pendre se souliers dans le vide, à la manière d'Arthur, battant des pieds. le monde comme une balle bleue et sale, recouverte de la poussière des âges. la mélancolie de celui qui rempli sa mission, qui entreprend la terrible quête à laquelle il est destiné, portant au fond de lui la certitude que tout est perdu d'avance. se masturbant de cette certitude qui lui plait et l'effraie tout à la fois. la mélancolie de celui qui embrasse et lèche amoureusement des lèvres empoisonnées, ses lèvres le brûlent et le tuent sournoisement mais il continue à les mordre, à les chérir. elles se transforment en plaies, en ulcères parsemés de chancres, en chaires ouvertes et parcourus de gangrènes puantes comme des fleurs éclatées et piétinées, il les embrasse toujours, les parcourt de sa langue folle et amoureuse… tout n’est que syphilis! Maladie de la faute originel, maladie du fond des âges, contracté dans le plaisir, rongeant de manière odieuse les corps et les esprits. Mais il s’abouche à cette pourriture, il l’étreint, ne pouvant se résoudre à perdre la séduisance qu’elle fut jadis, qu’il crut y voir, qu’il espère retrouver, toujours. je suis de cela. Je suis artiste… parcourant tout le désespoir de ma condition, le pesant au fond de mon être, pour rien, absolument et définitivement rien, je ne voudrais y renoncer. Pour rien je ne serais ce quidam endormi au soleil, gravant sur ses pupilles la persistance rétinienne de cet astre de feu, portant sur toutes chose ensuite un rond vermeil, gagnant sa maison, en trouvant la porte et violant la serrure d’un geste leste, s’allongeant, l’esprit en repos du travail accompli, rêvant de lèvres roses et lisses…